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Les managers sont-ils tous pourris ?
CHRONIQUE MANAGERIALE
La question peut se poser quand on suit les sondages, Publicis conseil nous annonce que 57 % des dirigeants ne croient pas aux discours qu’ils tiennent ; Courriers Cadres généralise la statistique en annonçant que 55% des cadres ne croient pas au discours qu’ils tiennent à leurs collaborateurs… Cela fait réfléchir d’autant que les statistiques ont de fortes chances d’être sous-évaluées. Nombre de dirigeants hésitent à reconnaître publiquement la chose.car traditionnellement, ils sont les gardiens du temple. Et le fait de le reconnaître en si grand nombre est déjà un signe fort en soi. C’est une réalité terrain, c’est ce que l’on appelle le double langage. Il y a un discours officiel, politiquement correct, que chacun se doit de véhiculer même si on sait que souvent il n’est en rien conforme à la réalité. Le cynisme en entreprise est une valeur forte.
Sont ils pour autant pourris au sens de corrompus ou de malhonnêtes ? Sans généraliser, ce qui est toujours réducteur, il est à remarquer que les managers deviennent de plus en plus des hommes de spectacle au sens de Guy Debord. Ils doivent animer une pièce avec une intensité d’acteur autour de scénarios qu’ils ne comprennent pas forcément, faute de modes opératoires : remettre le client au centre de l’entreprise, développer des politiques humaines, une entreprise étique, citoyenne,…
Si le manager ne s’en tient qu’au spectacle, alors il se perdra dans une démarche schizophrénique non authentique. Il lui faudra déchirer le rideau pour sortir de ce que Jean Baudrillard appelle la pornographie de l’entreprise. Construire une réalité qui n’est pas celle du réel. La réalité du terrain est dure, la violence est forte et c’est en se confrontant à ces réalités que le manager construira une vraie démarche collective. A nier la réalité quotidienne, le manager deviendra un spectre de manager et perdra son statut de référent au sein de l’entreprise car quelque soit son talent, tôt ou tard, le spectacle ne suffira plus.
Dans ce sens, si par « pourri » on revient à l’étymologie « décomposition », effectivement le manager traditionnel se décompose pour émerger dans une relation nouvelle. Par exemple l’autorité qui jadis était de facto socialement donnée par la structure, aujourd’hui devient une compétence managériale à construire qui s’appuie davantage sur la motivation, la médiation, la confiance. Le manager se recompose dans un environnement erratique, on parle même de néo management. Faute de cette recomposition, le manager jouera un rôle obsolète dans un espace en mouvement, et face à un monde qui nous échappe, chacun développe sa propre stratégie, manipulation, cynisme…ou leader. Le manager se doit de réenchanter l’entreprise, soit dans un spectacle sans fond, soit dans une nouvelle approche avec une démarche de bienveillance au sens premier du terme : voir bien et voir le bien.
La lucidité évite de brandir des étendards managériaux en cascade pour au final discréditer le manager qui les porte. Et, le fait de voir le bien est un état d’esprit qui consiste dans un monde d’émotions et de peur de voir au-delà des apparences pour aller chercher les leviers de la motivation et de l’implication pour construire des aventures collectives. C’est dans cette construction au quotidien que le manager pourra reprendre toute sa dimension, avec son style propre, et qui permettra à l’équipe d’adhérer à une relation authentique et ensemble affronter favorablement les chantiers qui assureront la performance durable de l’entreprise.
TEMNA Chronique
Publication Vocatis 2 février 2009
Stéphane DIEBOLD
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